Sport de haut niveau

Dakar-Paris en solitaire à vélo : le grand défi de Simon Guignard

Une semaine après son arrivée au pied de la tour Eiffel, Simon Guignard revient sur son incroyable traversée entre Dakar et Paris. Parti le 14 février, l’ambassadeur sportif de la Communauté urbaine a parcouru 6 165,80 km en totale autonomie à travers cinq pays, entre défi sportif, goût de l’aventure et rencontres marquantes.

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Il y a tout juste une semaine, le 28 mars, Simon Guignard, ambassadeur sportif de la Communauté urbaine, franchissait la ligne d’arrivée au pied de la tour Eiffel, après une aventure hors normes. Parti de Dakar le 14 février, l’athlète a parcouru 6 165,80 km en 331 heures et 48 minutes, avec 46 989 mètres de dénivelé positif. En totale autonomie, il a traversé cinq pays - le Sénégal, la Mauritanie, le Maroc, l’Espagne et la France - au terme d’un défi à la fois sportif, logistique et humain.

Une semaine après son arrivée, il revient sur cette traversée exceptionnelle.

Comment vous est venue l’idée de relier Dakar à Paris à vélo, en totale autonomie ?

C’est un mélange de plusieurs choses. L’année dernière, ça ne s’est pas passé tout à fait comme je le voulais sur le plan sportif. J’avais envie de me recentrer sur ce que j’aime vraiment dans les sports d’endurance : pouvoir aller loin, pouvoir visiter la carte. Pour ça, le vélo, c’est vraiment top.

Il y a aussi une raison plus personnelle : mon père l’avait fait avant que je naisse, il y a à peu près trente ans, en voiture avec un copain. Quand on était petits, il nous racontait ses galères, les nuits dans le désert, les endroits où il n’y avait rien. Je m’étais dit : un jour, j’aimerais bien le faire.

C’est aussi un peu un hommage aux anciens Paris-Dakar. Avant c’était beaucoup plus aventure et débrouille. C’est quelque chose qui me correspond bien. Pour moi, le Paris-Dakar, ce n’est pas par la route : il faut passer dans les chemins, dans les pistes. C’est né comme ça. Je me suis dit qu’il fallait retrouver de belles pistes, retrouver un peu cet esprit-là.

Comment prépare-t-on un défi de plus de 6 000 kilomètres : physiquement, mentalement et logistiquement ?

Physiquement et mentalement, je pense que c’est quelque chose qui se prépare sans faire exprès depuis des années. Ma première grosse aventure à vélo, j’avais 17 ans. Ensuite, il y a eu d’autres expériences qui s’en rapprochent davantage, comme les 2 200 km de la French Divide (NDLA : une traversée de la France en autonomie, à vélo, par les chemins) en 2021 ou une course de 900 kilomètres en Écosse en 2022. Ce sont toutes ces aventures qui construisent la suite.

C’est difficile de se dire : demain, je me prépare pour faire ça. Tu peux t’entraîner, mais c’est une préparation sur le très long terme. J’ai toujours aimé le vélo. J’aime ce côté simple, le fait de pouvoir aller loin, et c’est aussi moins traumatisant que la course à pied.

Sur le plan logistique, c’était plus stressant, car c’était ma première fois en Afrique. Il y avait plein de choses à anticiper, d’autant plus durant le mois du Ramadan. J’ai beaucoup travaillé mes traces, surtout entre la Mauritanie et le Sahara occidental. J’avais vraiment mes étapes en tête, avec les kilométrages des zones à traverser. Il fallait calculer l’eau, la nourriture, réfléchir au matériel, au couchage, à la sécurité. C’est une logistique qui demande beaucoup d’anticipation.

En tant que traileur de haut niveau, qu’est-ce qui vous a donné envie de sortir de votre discipline habituelle pour se lancer dans une telle aventure à vélo ?

Le vélo, c’est quelque chose qui m’a toujours permis d’aller loin. Cela permet de faire de grosses heures d’endurance, de se déplacer, de voir du pays, tout en étant moins traumatisant pour le corps.

Ces derniers temps, j’ai eu quelques galères physiques, notamment au niveau de l’absorption du fer, et à vélo, le corps fonctionne différemment. C’est un sport que j’aime profondément, parce qu’il mélange l’évasion et l’activité physique. Finalement, je ne m’éloigne pas complétement de ma discipline : c’est une autre manière de vivre l’endurance.

Portrait d'un trailer Découvrez le portrait de Simon Guignard en tant que trailer.

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Qu’est-ce que cela signifie concrètement, pour vous, de voyager “en totale autonomie” sur un défi comme celui-ci ?

Ça veut dire être capable de tout gérer soi-même : l’eau, la nourriture, le matériel, le bivouac, les réparations, la sécurité. Dans certaines portions, ça se joue sur des calculs de consommation d’eau et de nourriture. J’essayais chaque jour d’estimer le nombre de kilomètres j’allais devoir faire, combien de temps ça allait me prendre, et ce qu’il fallait emporter.

Sur le vélo, j’avais tout le temps cinq litres d’eau, c’était mon kit de base. Pour traverser le désert, je suis monté à seize litres d’eau sur le vélo, plus deux litres dans le dos. Il fallait aussi penser au téléphone satellite, au duvet, aux vêtements pour les gros écarts de température, au matériel de réparation. Dans la journée, il pouvait faire très chaud, et dans le Sahara intérieur la nuit il pouvait faire autour de 5 degrés.

Voyager en totale autonomie, c’est aussi accepter d’avoir peu de confort. C’est ma vision du voyage : je me sens mieux quand je suis plus léger. Je suis habitué à ça. L’idée, c’est d’emporter ce qui peut vraiment te permettre de continuer d’avancer.

Comment avez-vous géré l’effort, la fatigue, le sommeil et l’alimentation sur une telle distance, jour après jour ?

Je n’avais pas forcément de journée type. J’essayais de rouler toute la journée, avec des journées plus faciles et des journées plus difficiles. Dans ma tête, j’avais entre 30 et 45 jours de voyage. Donc il fallait avancer, mais sans figer les choses complètement.

Une bonne journée, c’était autour de 150 kilomètres. Mais ça dépendait énormément du terrain, du vent, de l’état de la piste. Dans le Sahara, par exemple, j’ai eu des journées avec un vent de face terrible. Sur du plat, sur la route, j’avançais à 10 km/h alors que normalement je roule tranquillement beaucoup plus vite. Mentalement, c’est dur, surtout avec une route toute droite.

Pour la nourriture, j’anticipais les étapes et je prenais de la marge. Le soir, je mangeais souvent du riz avec des sardines. J’ai aussi mangé énormément de dattes. Dans les petites supérettes des villages, on trouvait presque toujours quelque chose, ce qui permettait de me ravitailler sans porter trop de nourriture en permanence.

Pour le sommeil, j’avais un duvet très chaud, une doudoune, un pantalon. Après une journée à plus de 40 degrés, il faut être prêt à gérer la nuit à 5 degrés.

 

Quel a été le plus beau moment, ou l’image la plus forte, que vous gardez de ce périple entre Dakar et Paris ?

Ce que je retiens le plus, ce sont les rencontres. J’avais envie de faire beaucoup de kilomètres par jour, parce que c’est ce qui me ressemble, j’aime ce côté dépassement de soi. Je ne me voyais pas faire un voyage très lent. En même temps, je n’avais pas envie de rater les rencontres.

J’ai donc essayé de faire un mix entre les deux, et je suis assez content parce que ça a bien fonctionné. Quand je sentais qu’il y avait quelque chose à vivre, je me disais : tant pis pour le chrono, on profite du moment. Et c’est ça qui reste. Tu rencontres des gens qui sont totalement différents de toi, et pourtant tu peux partager de très belles discussions. Ce sont ces moments-là qui marquent profondément : les échanges, les accueils, les souvenirs humains plus encore que les kilomètres.

 

Quel message aimeriez-vous transmettre aux habitants du territoire, et en particulier aux jeunes sportifs du Havre Seine Métropole, à travers cette aventure ?

Le message est simple : "sors dehors et va faire des trucs !" Le risque, avec ce genre d’aventure, c’est que ça puisse paraître tellement gros que ça en devienne intimidant. On peut se dire : jamais je ne pourrai faire ça. Mais ce n’est pas le sujet. On n’est pas obligé de faire quelque chose d’extraordinaire pour vivre une aventure.

On n’est pas obligé non plus de toujours pratiquer un sport très cadré, très rangé. Rien que le fait de sortir dehors, de prendre une tente, d’essayer de faire quelque chose qui change un peu des normes, ça ouvre énormément de possibilités. Même en allant pas très loin, on peut se dire qu’on va dormir quelque part en bivouac, faire une randonnée, vivre quelque chose de différent.

Quand je dormais dehors sans tente, c’était sur la falaise à Bénouville, à un kilomètre de la maison. L’aventure, elle a commencé là. Je pense que c’est important de rappeler ça, surtout aux jeunes : il ne faut pas hésiter à sortir, à bouger, à changer un peu le quotidien. Juste sortir dehors et aller marcher un peu, ça peut déjà apporter beaucoup.