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Lucien Dumas et Raphaëlle Mann, de l'association Triticum © Anne-Bettina Brunet

Agriculture et alimentation , Notre invité

Raphaëlle Mann et Lucien Dumas

Membres de l'association Triticum

"Il s'agit désormais de relever ensemble ce grand défi : produire mieux et localement en consommant moins d'énergie et en régénérant la terre."

Depuis la métropole de Rouen, l'association Triticum travaille en collaboration avec la Communauté urbaine pour structurer sa filière céréales bio et locale, mise en place pour soutenir le développement des surfaces cultivées en agriculture biologique sur le territoire communautaire.

Publié le

Pouvez-vous présenter l’association ? 

Créée en 2019, Triticum est une association d’intérêt général œuvrant pour le maintien de la biodiversité cultivée et pour la résilience alimentaire en Normandie. Elle fait partie du Réseau Semences Paysannes et conserve notamment une collection de près de 300 variétés de céréales de pays.  

Au sein de l'association, nous travaillons sur les céréales paysannes meunières et brassicoles (farine et bière), ainsi que sur les semences paysannes potagères (légumes).

L’association adopte une approche systémique, qui combine :

  • d’une part, l’accompagnement des professionnels du réseau, de la production à la transformation
  • d’autre part, la sensibilisation du grand public afin de favoriser l’émergence de nouvelles habitudes de consommation

Que sont les Filières POP ?

Le nom de « Filières POP » fait référence au terme « population », utilisé pour désigner les variétés paysannes de différentes céréales. N’ayant pas fait l’objet d'une sélection sur des critères industriels, les variétés populations se caractérisent par une forte diversité génétique et sont ainsi considérées comme des populations à part entière. À l’inverse, les variétés modernes (inscrites au catalogue officiel des fournisseurs du secteur) répondent à des critères stricts d’homogénéité, ce qui entraîne une forte réduction de leur diversité génétique.

Triticum cherche à préserver cette richesse génétique précieuse des variétés populations car elle leur permet de créer des productions plus adaptées à leur terroir, et donc plus résistantes. Par ailleurs, contrairement à leurs homologues modernes, ces semences paysannes sont libres de droit, ce qui permet de garantir la résilience alimentaire des territoires, et de contrer la perte massive de la biodiversité cultivée que l'on constate depuis le XXe siècle. 

Les Filières POP sont encadrées par un cahier des charges élaboré par l’ensemble des acteurs de la filière céréalière (agriculteur, meunier, boulanger...). Celui-ci garantit au consommateur un pain 100 % au levain, élaboré à partir de farines issues de céréales paysannes et moulues sur meule de pierre, garantissant ainsi un produit de haute qualité nutritionnelle.

Plus d'infos sur les Filières POP

Quel est le rôle de Triticum dans le développement de la filière céréales bio et locale Le Havre Seine Métropole ?

L’association Triticum intervient sur le territoire de la Communauté urbaine, en partenariat avec la collectivité, afin de structurer cette nouvelle filière. Notre action couvre l’ensemble de la chaîne : de l’accompagnement des agriculteurs bio dans le choix des surfaces à semer, jusqu’à la recherche de débouchés pour vendre leur production, en passant par l’organisation logistique.

Concrètement : 

  • Au champ, l’association assure un suivi agronomique permettant d’observer le comportement des variétés paysannes dans les parcelles des agriculteurs engagés dans la démarche, afin d'adapter les pratiques aux besoins réels constatés.
  • Du côté des transformateurs, Triticum organise chaque année un atelier de panification, offrant aux boulangers et restaurateurs l’opportunité de tester différentes variétés paysannes et d’échanger entre pairs. Ces temps de partage contribuent à lever certains freins techniques et à encourager l’intégration de nouveaux professionnels dans la filière.

L’association intervient également lors d’événements grand public sur le territoire afin de présenter la dynamique collective à l’œuvre, et de sensibiliser les consommateurs aux qualités des pains au levain élaborés à partir de farines issues de céréales paysannes.

Un comité de pilotage, réunissant les différents acteurs de la filière, se tient deux fois par an afin de suivre l’avancement des actions, échanger sur les résultats et orienter les décisions. 

Filière céréales bio & locale

Retrouvez toutes les informations sur la filière céréales bio et locale de la Communauté urbaine sur la page dédiée. 

Filière céréales bio et locale

Quelles sont les céréales que l’on cultive sur le territoire de la CU, et comment les reconnaître ? 

Dans le cadre de la filière, plusieurs espèces sont cultivées : le blé, l’orge, le seigle et l’épeautre.

Parmi elles, certaines sont semées à l’automne et nécessitent une exposition au froid, appelée « vernalisation », afin de pouvoir monter en épi au printemps. C’est notamment le cas du seigle, de l’épeautre et de certaines variétés de blé.

À l’inverse, d’autres espèces ou variétés sont semées au printemps car elles ne tolèrent pas les basses températures. Leur cycle de développement est plus court, mais elles sont récoltées en même temps que les cultures d’automne. Il s’agit de l’orge de printemps ainsi que de certaines variétés de blé.

Ces quatre espèces cultivées sur le territoire se distinguent visuellement par leurs épis :

  • le blé présente un épi assez compact, avec des grains serrés, il peut avoir ou non des barbes selon les variétés
  • l’orge cultivée ici est une orge à deux rangs, reconnaissable à son épi plat muni de longues barbes
  • le seigle se caractérise par un épi plus long et généralement barbu, avec des grains moins serrés que ceux du blé
  • l’épeautre, aussi appelé « grand épeautre », possède un épi plus élancé que celui du blé, avec des épillets assez espacés le long de l’axe

 

En quoi cette filière a-t-elle un impact sur la préservation de l’environnement ?

Les variétés paysannes, grâce à leur forte diversité génétique, présentent une bonne résilience face aux aléas climatiques et aux ravageurs. Sélectionnées historiquement dans des systèmes de production biologique, elles ne nécessitent ni produits phytosanitaires ni engrais azotés de synthèse, ce qui contribue à la protection de l'environnement de plusieurs façons : 

  • réduction des coûts énergétiques liés à la fabrication des intrants chimiques et de la pollution liée à leur transport
  • préservation de la qualité de l’eau souterraine du territoire, les produits chimiques de synthèse étant la principale source de pollution des captages d'eau

Par ailleurs, libres de droits, ces variétés sont reproductibles par les agriculteurs, qui peuvent donc ressemer chaque année une partie de leur récolte et ne plus avoir à racheter des semences, ce qui est bénéfique pour l'environnement à plusieurs titres : 

  • adaptation progressive de la population de céréales au terroir sur lequel elle est cultivée, ce qui lui confère une meilleure résistance et permet donc une production sans intrants chimiques
  • amélioration de l'autonomie semencière via la relocalisation de la production de semences, et donc réduction des émissions liées à la logistique d'approvisionnement des agriculteurs

Enfin, l'aspect local de la filière permet aussi de limiter la pollution liée au transport des denrées alimentaires, en privilégiant les acteurs présents sur le territoire et les débouchés locaux bénéficiant directement aux habitants. 

 

La filière céréales bio et locale présente également d'autres avantages, notamment en termes de soutien de l'économie locale, de santé et de nutrition, mais aussi de goût. Vous pourrez découvrir tout cela dans de prochains articles.